Collectif Createurs Essaouira

phares Le printemps des Regraga

 



Les chemins de la Baraka






Les Regraga accomplissent à chaque printemps un pèlerinage de quarante jours appelé Daour (tour)
– pendant lequel « ils tournent sur les saints ». Ils visitent en effet
pieusement les tombeaux de quarante-quatre de leurs saints ancêtres
disséminés dans le pays Chiadma au nord de la vie côtière d’Essaouira.
Le mythe fondateur raconte comment sept premiers saints – chrétiens
berbères à l’origine - auraient rencontré le Prophète Mohammed à la
Mecque de son vivant et se seraient convertis à l’islam à son contact.
Ce dernier, après les avoir affublés du nom de Rejraja, les aurait chargés de rapporter cette nouvelle religion au Maroc[1]. Ainsi, seraient-ils des Compagnons du Prophète ignorés ainsi que les premiers musulmans du Maghreb.


Représentants d’un
certain soufisme populaire et rural au Maroc, les Regraga forment une
confédération maraboutique peu connue, organisée en treize zaouïas
auxquelles appartiennent tous les descendants des quarante-quatre
saints, eux-mêmes issus des sept saints fondateurs. J’estime la
distance du pèlerinage entre 450 et 500 kilomètres, parcourus
principalement à pied ou à dos d’âne. Notons que les Regraga sont
difficilement quantifiables, puisque chacun est libre d’effectuer une
partie ou la totalité du Daour. Ainsi, sont-ils parfois des
centaines, voire des milliers à certaines étapes, mais cheminant par
groupes réduits et distincts, selon des sentiers connus d’eux seuls, à
travers la province rurale d’Essaouira.

En chemin, les
Regraga, distribuent la Baraka – la grâce divine – aux habitants des
contrées traversées. Leurs adeptes viennent solliciter ces « hommes
purs » afin qu’ils prient en leur faveur pour des motifs aussi variés
que la santé, le mariage, l’enfantement, la réussite professionnelle ou
scolaire, etc. En guise de contre-don, les gens offrent aux Regraga des
biens en espèces ou en nature, ainsi que le gîte et le couvert. Chaque
étape donne lieu à un moussem, fête locale et patronale en
l’honneur du saint concerné, où les rituels religieux (prières,
offrandes, processions) jouxtent le souk marchand où viennent
s’approvisionner les gens de ces contrées reculées. Le passage des
Regraga est un grand jour de fête, et ils doivent être accueillis avec
honneur, comme des « seigneurs » puisqu’ils sont considérés comme des chorfa. Telle est la toile de fond de cette exposition virtuelle sur les chemins de la Baraka.Le Daour des Regraga,Essaouira



Annuellement au Maroc, est organisé vers la fin mars par la confrérie populaire des Regraga un daour annuel. Ce pèlerinage, qui se déroule sur le territoire des Chiadma, dans la province d'Essaouira, dure 44 jours et passe par 40 étapes. Une singulière manifestation populaire, religieuse, économique...
La fabuleuse tournée des Sept hommes des Regraga Selon une tradition immuable, a été lancé, comme à chaque printemps, pendant quarante-quatre jours successifs, le pèlerinage circulaire des Regraga autour des tombeaux des Sept saints.
La passionnante histoire des Regraga est entretenue par une
tradition vivace qui en fait des Haouariyoun (des apôtres), adeptes de
Sidna Aïssa (Jésus) par l'intermédiaire de Saint-Jean (Sidi Yahya).
Des rites et des chants observés lors de leur Moussem par
Abdelkader Mana, consignés dans son célèbre ouvrage sur les Regraga
rappelleraient d'ailleurs étrangement l'épisode biblique de la Table
servie. Arrivés d'Andalousie selon cette légende,
ces quatre ancêtres des Regraga auraient fui par voie de mer la
persécution qu'ils subissaient dans leur foi monothéiste, pour accoster
sur les rivages de Oued Tensift, à Kouz où ils auraient fondé un lieu de prières, appelé en berbère Timzkden n'houren (La Mosquée des apôtres).
Disciples de Jésus, professant une croyance proche de l'arianisme, les Regraga s'enorgueillissent particulièrement de leur deuxième haut-fait: leur rencontre avec le Prophète Sidna Mohamed
et leur islamisation en Arabie, ce qui fait d'eux des Compagnons,
premiers introducteurs de l'islam au Maroc. Une thèse mise toutefois en
doute par les Ouléma de Fès du XVIIe siècle, mais vivement défendue
encore par les Regraga.
Selon cette croyance: sept hommes se seraient rendus en Arabie pour rencontrer l'élu de Dieu, Sidna Mohamed dont ils attendaient la prophétie. Convertis à l'islam,
ils reçoivent la bénédiction du Prophète pour propager la nouvelle
religion auprès de leurs compatriotes. Mission réussie si l'on croit
cette légende selon laquelle le cavalier Oqba Ibn Nafiî aurait trouvé
le pays Haha islamisé à son entrée au Maroc.
En tant que moines-guerriers, adeptes de l'orthodoxie, les
Regraga s'illustrent également par leur lutte contre les hérétiques
Berghouata, leur introduction du rite juridique chadilite au Maroc
et plus tard, leurs combats contre les occupants portugais, tandis que
jusqu'à nos jours, leur baraka fécondatrice est ardemment invoquée par
les tribus Haha et Chiadma.